samedi 15 octobre 2011

Culture : questions d'aujourd'hui.





- Plus personne ne conteste la nécessité de repenser le « modèle culturel français » - pour prestigieux qu’il soit- et la seule augmentation de son budget, comme le proposait Martine Aubry, ne constitue qu’une mesure  partielle face aux enjeux majeurs que notre Pays doit affronter. Nous ne sommes plus en 1981, où tout était à faire et ce qui a été accompli  sous les deux septennats de François Mitterrand est exceptionnel, on ne le dira jamais assez, notamment en termes d’équipements et d’aménagement du territoire. Il y avait alors une urgence, celle d’une remise à niveau.

- Aujourd’hui le questionnement est ailleurs. La crise est autant culturelle qu’économique et sociale et c’est de la place de l’art et de la culture dans un projet politique global dont il s’agit. Cantonner la culture à sa seule exception est une erreur et il ne faut pas s’étonner de sa difficulté à atteindre les objectifs assignés de démocratisation lorsque l’école est à ce point malmenée, voire démantelée, lorsque les inégalités deviennent indécentes, lorsque le marché peut afficher une telle impunité. Comment l’artiste peut-il encore se faire entendre au milieu d’un tel chaos ?

- Précisément, consacrons-nous à la situation de l’artiste dans notre société, à sa précarité grandissante voire à sa paupérisation, au rôle de l’intermittence, à la spécificité du travail artistique et de ses besoins réels en termes de TEMPS nécessaire et de LIEUX disponibles.

- Prenons la mesure des mutations radicales que connaît notre pays : nouveaux modes d’acculturation et de création (qui ne se limitent pas au seul bouleversement numérique même si…..), nouvelles pratiques transversales et transgressives des artistes eux-mêmes, nouvelles mobilités, nouvelles frontières, autres aspirations et exigences… l’état culturel de la France, sa jeunesse « mutante » - ainsi que la désigne Michel Serres - ne peuvent être réduits aux « classiques » réponses quantitatives. Et cette tâche de reconstruction, la nécessité d’un regard actualisé et prospectif constitue un défi qui dépasse la culture elle-même.

- Attaquons-nous aux sources des maux et d’abord à la crise de l’école. On ne peut demander aux créateurs de pallier les carences d’une institution maltraitée et aujourd’hui réduite aux urgences. L’effort prioritaire proposé en sa faveur, notamment avec l’augmentation du nombre d’enseignants, nourrit aussi  cette ambition culturelle. Comment à côté de la nécessaire transmission des connaissances, développer la sensibilité  dès le plus jeune âge, plus généralement le sentiment d’appartenance, la vision ouverte, la curiosité pour le monde par une initiation à la réflexion philosophique, par un apprentissage précoce des langues…C’est d’étroitesse dont souffre notre enseignement pas d’inflation. Encore une fois, l’effort qui sera fait à cet endroit contribuera à créer cette « communauté d’attentes » (et donc de désirs) que Bernard Stiegler appelle justement de ses vœux.

- Réexaminons le paysage artistique et culturel du pays. Décentralisé de fait (plus de 70% du budget  assumés par les collectivités)  mais toujours gouverné par l’Etat, il doit être l’objet d’un attention prioritaire dans le grand chantier qu’il faut ouvrir dans tous les cas, celui de l’Acte III (y a-t-il eu un 2è acte ?) d’une décentralisation toujours en panne. Clarification des compétences, gouvernance partagée, réforme de l’Etat, expérimentation avec « chef de file », les sujets ne sont pas minces, mais ils préemptent également  toute élaboration d’une nouvelle politique artistique et culturelle.

- Abordons aussi, avec les prix Nobel d’économie Amartya Sen ou Joseph Stiglitz, le rôle déterminant de la culture et de la recherche comme moteurs d’une société plus juste et plus redistributive.  

 il n’y a donc pas de projet politique de gauche qui n’inscrive la culture au cœur de sa démarche, mais aujourd’hui, il faut en déplacer les enjeux. On ne peut se contenter de la reproduction améliorée des politiques antérieures. L’ambition pour la culture est autre qui dessine un double horizon, celui d’un accomplissement personnel au sein d’une société reconfigurée.